La loi de gravitation politique
Je viens de lire l'excellent article de Bernard Poignant, maire PS de Quimper.J'ai trouvé son analyse particulièrement intéressante.
Faisons en effet un point sur la situation des partis politiques dans notre pays. A l'issue du dernier scrutin, on peut, sans trop se tromper, tirer les conclusions suivantes :
- L'UMP a conforté ses assises, garde son électorat, et Nicolas Sarkozy peut entamer la deuxième phase de son mandat plus serein.
- Le PC est, je crois, définitivement mort, son discours et l'image de son histoire soviétique notamment n'est plus adaptée à notre époque et à l'évolution de la société et du monde.
- Les autres partis révolutionnaires ou quelque peu extrémistes ne séduisent plus les Français qui ont compris, pour la plupart, que leurs projets ne menaient à rien. Par ailleurs, ceux qui ne font que cristalliser le rejet, le négativisme, et se complaisent dans la critique n'intéressent plus personne.
- Les Verts surfent sur un tendance et agrègent les personnes sensibles au Développement sociétale, planétaire Durable. Néanmoins, ce sujet devra être d'actualité quel que soit le courant politique dans les années à venir. Personne ne pourra prétendre vouloir s'occuper de l'intérêt général et des générations à venir sans intégrer cette dimension dans son programme et sa politique.
Reste le cas du PS et du MODEM.
Ses échecs électoraux successifs depuis 2002, ses dissensions internes, sa difficulté à trouver un leader et un programme moderne doivent nous alerter.
Plusieurs grands partis politiques fondés depuis le 19ème siècle sur des théories et des idées valables à un certain moment, n'ont pas survécu à l'évolution de la société, des échanges, des monnaies, des modes de consommation et des envies de électeurs.
Sans parler uniquement de la SFIO, disparue malgré son maillage d'élus locaux, on peut aussi citer le Parti Radical aujourd'hui "ventilé" entre droite et gauche, le communisme qui s'éparpille, le gaullisme, accommodé à toutes les sauces et affiché par tout le monde mais surtout n'importe qui.
La (bonne) question que pose Bernard Poignant est intéressante : que peut proposer aujourd'hui le PS qu'il n'a déjà donné à la France ? En matière de protection sociale, de prestations contre les contraintes économiques (on le voit très bien aujourd'hui avec la crise, notre "matelas" social amorti le choc beaucoup mieux que dans les autres pays touchés) , notre pays est, on le sait, un des plus avancés.
Alors quoi ? What esle, comme dirait l'autre ?
Le Parti Socialiste n'étant semble t'il pas prêt à faire sa mue en terme de nom, de programme, d'adaptation aux modèle capitaliste choisi par l'ensemble des continents, il court un risque majeur de disparition, comme les prédécesseurs cités plus haut. Ses électeurs, en tout cas, cherchent leur voie et semblent ne plus avoir envie de donner la leur au parti sans discernement.
Qui peut profiter de ces errements ? La nature ayant horreur du vide, c'est bien connu et c'est surtout vérifié, il est évident que celles et ceux qui suivaient le PS reporteront leur confiance et leurs espoirs dans un autre leader, dans un autre courant politique.
Et c'est François Bayrou, malgré son dernier camouflet aux européennes, qui risque d'en récolter les fruits. De manière imagée, quand le PS (s'il ne se donne pas les moyens d'un changement de cap radical, ce qui reste encore possible) tombera inéluctablement de sa branche, Bayrou n'aura plus qu'a récupérer le fruit ainsi tombé dans son escarcelle.
De fait, sa proposition sociale démocrate, vidée de sa substance chrétienne (rappelons au passage que François Bayrou avait fait de cette dominante chrétienne catholique un étendard brandi dans chaque interview, dans chaque intervention avant de se rétracter pour adopter une teneur plus consensuelle et moins marquée religieusement) devient un réceptacle acceptable voire confortable pour les électeurs ne croyant plus à l'Internationale.
S'il se remet personnellement en cause suite aux européennes, sait garder son staff, arrive à écrire un programme où l'accompagnement des Français dans le monde qui les entoure et la réduction des écarts sociaux entre plus faibles et extrêmement riches, il trouvera enfin sa troisième voie. Gageons qu'il deviendra alors une alternative crédible pour accéder au pouvoir.
Les anciens partisans socialistes viendront naturellement s'accrocher à ce nouveau bateau pour trouver un havre et rebondir après des années de disette.
Finalement, François Bayrou invente la théorie de la gravitation politique, Newton doit être tout retourné de n'y avoir pensé !
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