Des gazouillis pour contrer l'oppression
Iran. Les manifestations continuent, la violence est passée par là.Inutile de rappeler le contexte tendu suite aux résultats des élections dans ce pays : le Président sortant, Mahmoud Ahmanidejad a été réélu avec 63% des voix. Il représente la ligne dure et ultra-conservatrice du régime iranien et a été rendu célébre par ses déclarations sur l'état d'Israël et le développement de la recherche sur le nucléaire.
Son principal rival, Mir Hossein Moussavi, revendique néanmoins la victoire. L'ancien Premier Ministre, un peu moins conservateur que le premier, appelle à résister et remet en cause le résultat du scrutin. Une première information après la clôture du vote le donnait vainqueur et il n'en démord pas, demande à recompter les bulletins...
Nous attirions déjà l'attention de nos lecteurs sur la tension et les risques que comportaient ce vote dans un de nos billets dès le mois de mai.
Les faits donnent malheureusement raison aux plus pessimistes. Après des premières manifestations "pacifiques", les derniers jours ont vu la montée inéluctable de la violence et les premiers morts dans la foule des manifestants.
L'opposition semble vouloir jouer le tout pour le tout et ne pas relâcher la pression sur Ahmanidejad pour l'annulation de ces présidentielles, et ce, malgré l'appel ferme et menaçant du leader religieux Ali Khamanei qui soutient le régime en place.
Les média étrangers sont interdits et ne peuvent filmer ni couvrir les manifestations. Même les réseaux sociaux comme Facebook avaient été baillonnés pour maîtriser au mieux la campagne et la diffusion érratique d'informations.
Pourtant, dans ce paysage sombre et désolant, un espoir apparaît sous la forme d'un petit oiseau : le réseau Twitter !
Ce dispositif où les internautes peuvent régulièrement poster leurs statuts, leur activité du moment (What are you doing?), leur message d'humeur sous forme d'une phrase courte que l'on fait passer à celles et ceux qui les suivent (followers) devient un allié inespéré de l'opposition iranienne.
En effet, plusieurs groupes créés sur Twitter, dont deux plus officiels, permettent de suivre minute par minute ce qui se passe là-bas. Ainsi, des opposants à Ahmanidejad écrivent régulièrement sur l'état des manifestations, la situation du pays, le lieux où "les choses se passent", les messages non diffusés ailleurs etc.... Ces twitts sont relayés au niveau international par ceux qui suivent ces billets d'actualité courts (140 caractères max), ce qui accentue la pression sur le nouvel élu et son régime. Il ne s'y trompe d'ailleurs pas : il a adressé dernièrement un message aux capitales européennes et à Washington en leur reprochant leur ingérence dans les affaires intérieures de son pays !
Alors Twitter, facteur de retournement de la situation en Iran ? Internet se transformera t'il en outil concret de démocratie planétaire comme certains(es) en rêvent ?
Pas si sûr.
En effet, l'entourage de Mahmoud Ahmanidejad a bien compris le danger que représentait ce système de communication. Les Iraniens qui l'utilisent pour diffuser des news s'exposent aux répressions les plus fortes.
Et le danger est réel. en effet, le principe de twitter est donc, vous l'aurez compris, de faire suivre de petits messages à d'autres personnes et ainsi de suite. Du coup, beaucoup retransmettent directement le message reçu (retwitt = RT) en faisant apparaître l'émetteur ! Dangereux. En omettant de masquer l'origine du message ou en ne passant pas par des groupes dans lesquels l'individu en tant que tel n'est pas identifié, les utilisateurs de Twitter font prendre des risques énormes à leurs sources iraniennes. Les autorités scrutent en effet le réseau et profitent de chaque erreur pour remonter la piste et traquer les opposants.
Mais le problème ne s'arrête pas là. Ils étudient également le fuseau horaire des personnes qui retwittent les messages pour les localiser. Pour le coup, gare à celles et ceux qui omettent de se caler sur le fuseau iranien pour troubler les pistes et faire corps avec son réseau d'utilisateurs Twitter.
Enfin, en dehors des deux groupes évoqués, notamment "#iranelection", les sources d'information ne sont pas qualifiables. La véracité et la pertinence des données présentes sur Twitter ne peuvent donc être vérifiées.
Pour conclure, le précédent est intéressant : un réseau social simple permet à une opposition de trouver un écho quand d'autres média sont interdits. Il sert également à s'organiser, à se rassembler pour contrer un pouvoir oppressant.
Mais le système demande à être amélioré pour passer de l'état d'aiguille plantée dans les bottes épaisses des despotes et leurs troupes à celui de char d'assaut de la liberté...
Les gazouillis de l'oiseau bleu Twitter seront-ils couvrir le bruits des armes en Iran ?
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