L'Europe a peur et joue les bernards l'hermite

Publié le par Campeo - Yann Compan

Fotolia_11124524_S.jpgLe port du voile intégral (appelé à tort de manière générique "burqa") fait débat en France. Une loi sera vraisemblablement proposée au parlement avant l'été.

 

Au delà de la protection de la sacro-sainte laïcité nationale, et du voile intégral proprement dit, ce phénomène de vigilance s'inscrit dans un état d'esprit beaucoup plus général qui touche le continent européen depuis quelques temps.

Les observateurs politiques s'intéressent de plus en plus à ce mouvement de pensée qui atteint aussi bien l'europe occidentale que les pays de l'est.

 

Les populations européennes semblent vouloir se protéger et se préserver de plus en plus de situations potentiellement anxiogènes et perçues comme agressives pour elles : communautés, étrangers, religions, systèmes économiques différents...

 

Petit survol européen :

 

En France tout d'abord. Après le débat sur l'identité nationale lancé avant les échéances régionales, l'interdiction de la burqa fait la une de tous les médias. Manœuvre politicienne ? Pas seulement. La preuve avec ce récent  sondage qui montre que 70% des français sont favorables à une loi interdisant le port du voile intégral. Au delà du chiffre important, ce sont les détails qui sont révélateurs puisque les sondés plutôt proches des "idées de gauche" sont plus de 63% à soutenir l'idée d'une loi... On est donc bien devant une volonté générale et affirmée de la population.

 

Continuons le voyage. En Autriche, lors des dernières élections présidentielles, l'extrême droite à joué les trouble-fêtes et s'enracine durablement dans le paysage politique du pays, tout comme en Hongrie. Ici, ce sont bien des idées manifestement xénophobes qui font recette, on ne parle pas de voile ou autre coutume vestimentaire.

 

La Belgique n'est pas en reste dans cet état des lieux du repli identitaire et d'inquiétude européen. Après avoir proposé une loi pour interdire la burqa, le pays est (re) tombé dans une énième crise nationale profonde. Deux phénomènes s'entrechoquent : la peur du voile et le rejet du voisin. Les uns (côté flamand) reprochent aux autres (wallons) de profiter d'un système de protection sociale et d'infrastructures sans apporter de contribution financière suffisante, de préférer le chômage et ses allocations à l'effort du travail et dernièrement, de remettre en cause leur identité en refusant de parler la langue officielle dans certaines communes.

 

N'oublions pas la Suisse, même si elle ne fait pas partie de la Communauté Européenne. En novembre 2009, un référendum  avait majoritairement entériné l'interdiction de construire des minarets. Malgré les protestations de la communauté internationale qui avait usé de son meilleur "politiquement correct" et des arguments des différentes églises, les suisses n'ont pas sourcillé.

 

En Italie, c'est la Ligue du Nord qui fait parler d'elle lors des dernières élections régionales. Ce parti, ostensiblement raciste et régionaliste, a remporté plusieurs régions et s'impose comme un acteur incontournable de la politique italienne. Là aussi, indiscutablement, c'est le résultat des urnes donc un choix assumé d'une partie de la population.

 

Le tour d'Europe n'est pas complet, mais ces quelques cas sont toutefois révélateurs d'un mouvement profond qui habite notre bon vieux continent.

 

Comment expliquer cette évolution ?

 

La crise bien sûr. Elle a bon dos celle-là ! Mais son nom a tellement été martelé depuis de longs mois qu'elle fait désormais partie de notre quotidien. Nous vivons avec elle, nous parlons d'elle, elle occupe un espace attitré dans notre vie. Par ailleurs, elle est réelle. Profonde. Amenée par des dérives financières qui reprennent de plus belle, elle a engendré une crise économique grave et accentué nos faiblesses face aux mutations du monde "moderne".

Les européens ont peur. Peur de perdre leur job, peur de ne pas y arriver. Ils n'ont plus confiance et se méfient de tout, cristallisant de fait leurs angoisses sur ce qui est différent (étrangers, coutumes, religions...)  et incarne une menace potentielle.

 

La mondialisation ! Et voilà un autre sujet qui fâche. Pourtant largement prévisible, elle a été repoussée sans complexe par nombre de gouvernements. Tout le monde a joué au chat et à la souris, au poker menteur, préférant subventionner des industries mourantes, maintenir coûte que coûte des méthodes de fonctionnement dépassées et trop lourdes plutôt que de miser sur la formation, l'investissement, la recherche, et de privilégier le financement de secteurs d'avenir. Maintenant, plus possible de se voiler la face (sans mauvais jeu de mot dans cet article), nous sommes en plein "dedans". Il faut gérer l'appétit des pays émergents et la concurrence inévitable dans tous les domaines (entreprises, universités, formation des cadres, secteurs publics...).

 

Enfin, l'agrandissement de l'Europe, l'éloignement du pouvoir de décision, l'entrée de pays aux histoires différentes les unes des autres amplifie ce phénomène de repli sur soi, de communautarisme, de désir de protection.

 

En fait, la véritable crise de notre époque, c'est que nous ne sommes pas sûrs de nous ! Nous manquons de confiance et, plutôt que d'aller de l'avant, d'inventer, de bousculer les problèmes pour mieux les surmonter, nous enfilons ceintures et bretelles en attendant que l'orage passe.

Or, pendant ce temps, les autres avancent. Selon le vieil adage, la meilleur défense, c'est l'attaque (souvenons-nous de la ligne Maginot...).

Espérons que les peuples européens prendront conscience de leurs richesses économiques, intellectuelles, artistiques, sportives... pour retrouver le goût de l'initiative et abandonner cette tendance étriquée et de repli qui les anime actuellement.

Publié dans Les mots Campeo

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Sébastien Gaujon 29/04/2010 21:33


Le principal défaut à l'origine de ces crises à répétition et l'induction d'un certain malaise au sein des populations européennes ne tiendrait-il pas du fait que nos économies se dressent
principalement sur des perspectives induites à court terme et brève échéance ?


Campeo 29/04/2010 22:10



@ Sébastien : la réponse est elle dans ta question non ? Politip bientôt dispo



Sonia par Sonia 29/04/2010 08:31


Les politique ne font qu'exciter les doutes et les craintes des citoyens


Olivier 28/04/2010 17:23


Approche intéressante et déjà bien couverte par de nombreux politologues.
On sent comme un vent de pré-guerre mondiale (la deuxième). Attention !